Stéphane Servant

Nom :  Servant                     

Prénom :  Stéphane                

Date de naissance : 1975

Ouvrages de l'auteur sur le site : 3

" Interview :" 

Des livres et vous : "Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ? Que faisiez-vous avant d’être écrivain ?"

Auteur :

C’est la lecture qui m’a amené à l’écriture. Enfant, je passais beaucoup de temps chez une de mes grands-mères. C’est elle qui m’a donné le goût des mots et des histoires. Il n’y avait pas beaucoup de livres mais les contes de Grimm et de Perrault m’enchantaient à l’heure de la sieste.
Plus tard, à la bibliothèque municipale, je me suis régalé des ouvrages de Roald Dahl et Pierre Gripari. J’étais un enfant assez solitaire et la lecture était pour moi comme une fenêtre, comme un phare. Les livres me permettaient de voir plus loin, de voir autrement. Le livre est un territoire de liberté. Un refuge que vous pouvez aménager et transformer à l’infini. Un terrain de jeu.
A l’adolescence, j’ai découvert Sartre, Kafka, Lautréamont, Baudelaire et l’œuvre de Julio Cortazar m’a véritablement marqué. C’est à cette période-là que je commence à écrire, parce que les mots ont le pouvoir d’interroger le monde et que l’adolescence va de pair avec les questionnements.


Après des études de littérature anglophone, j’ai travaillé en tant qu’animateur en milieu scolaire et associatif. Je suis allé conter dans les cours de récréation, j’ai donné des cours de cirque, j’ai programmé des spectacles en milieu rural, j’ai fait du spectacle de rue, du graphisme et j’ai également travaillé pour la presse jeunesse. Durant tout ce temps-là, j’écrivais mais sans penser à partager ces textes.


C’est dans la bibliothèque d’une école primaire que j’ai découvert Le voyage d’Oregon de Rascal et Joos, j’ai alors réalisé l’extraordinaire liberté de création de la littérature jeunesse et je me suis mis à écrire des textes d’albums. C’est une écriture particulière, proche de la poésie d’une certaine façon, qui m’a demandé beaucoup de travail. J’ai eu la chance de bénéficier du regard bienveillant de Cécile Emeraud, alors éditrice au Rouergue. Elle n’a jamais publié mes textes mais elle m’a encouragé à persévérer. Quelques années plus tard, en 2006, j’ai publié Le Machin, illustré par Cécile Bonbon, chez Didier Jeunesse et Cœur d’Alice, illustré par Cécile Gambini, chez Rue du Monde. Mon premier roman, Guadalquivir, est paru en 2009 chez Gallimard.

Des livres et vous : "Quels genres aimez-vous lire ?"

Auteur : 

Je n’affectionne aucun genre en particulier. J’ai simplement un faible pour les textes qui laissent une place au lecteur, qui sollicitent sa sensibilité, qui jouent avec son imagination. C’est pour cela que j’aime les romans où poésie et magie affleurent, où tout n’est pas expliqué, où c’est à vous de faire une part du chemin...

Des livres et vous : "En tant que lecteur, quel roman a marqué votre adolescence ? Quel roman jeunesse conseilleriez-vous aux internautes ?"

Auteur :

C’est le recueil de nouvelles, Les armes secrètes, de l’auteur argentin Julio Cortazar qui m’a véritablement ouvert les portes de la littérature. Je crois que j’ai retrouvé dans le réalisme magique ce qui m’enchantait dans les contes de mon enfance : l’idée que le merveilleux, les rêves et les dieux et les monstres étaient tapis sous la toile du quotidien et qu’il suffit de peu pour que tout ce royaume inconscient et invisible surgisse tout à coup.

Je lis très peu de romans estampillés jeunesse. J’ai d’ailleurs beaucoup de mal avec les étiquettes. Cela me donne l’impression d’être face à un produit et non pas une œuvre de création. Mais par contre, je lis beaucoup de romans et de textes qui s’attachent à l’enfance, au passage à l’âge adulte, avec son lot de passions et de violences. Si je devais n’en citer qu’un, ce pourrait être Antigone de Jean Anouilh, saisissant et bouleversant.                            

Des livres et vous : "Vos livres sont-ils tous destinés à un public d’adolescents ? Pourquoi vous adresser à ce type de public ?"

Auteur : 

Quand j’écris un roman,  contrairement aux albums pour lesquels je pense aux enfants qui les liront et aux adultes qui les raconteront à voix haute, je ne m’adresse pas spécifiquement à des lecteurs adolescents.

Le fait est que je n’écris pas pour les adolescents mais que j’écris sur l’adolescence. Ce qui m’intéresse c’est de mettre en scène cette période-là, cette période de mutation où les émotions sont brutes, où les choix sont déterminants. Dans mes romans, je ne m’interdis rien, ni dans la forme, ni dans le fond. Le merveilleux va souvent de pair avec une réalité sociale très noire. Il y est question de transmission, de sexualité, de folie, de marginalité. Sylvie Gracia, mon éditrice au Rouergue,  dirige à la fois la collection DoADo et La Brune, la collection généraliste. Certains de mes textes auraient certainement pu être publiés  dans la Brune mais le choix a été fait  de les placer en DoADo. A la parution du roman Le cœur des louves, de nombreux libraires et bibliothécaires ont été frustrés ou gênés par ce choix parce que la mention « jeunesse » faisait qu’il n’était pas évident de porter le texte vers un public adulte. D’ailleurs, pour mon dernier roman, La langue des bêtes, paru en aout 2015, le logo DoADo ne figure pas sur le livre, ce qui laisse la possibilité de le faire exister en jeunesse ou en adulte. Je ne sais pas si c’est pertinent, c’est un essai pour tenter de donner à ce roman situé à la lisière une certaine visibilité.

Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, pour les livres comme pour les shampoings ou les yaourts, tout est très cloisonné. On cloisonne, on segmente. La caricaturale tranche « ménagère de moins de cinquante ans » est maintenant fragmentée en dizaines de catégories ineptes et l’enfance est un eldorado commercial. On nous soumet tous à une logique qui privilégie la rentabilité à court terme. Les adolescents et les enfants sont des cibles de choix. Or, c’est la curiosité qui fait notre vie plus riche et développer la curiosité demande du temps. En mettant le focus sur ce qui est censé être bon pour nous, selon notre âge, notre sexe, nos problèmes quotidiens, notre couleur de peau, on n’encourage pas la curiosité et on réduit la diversité. Il est évident que ces logiques commerciales ne s’adressent pas à l’humain qui lit des livres mais uniquement au consommateur qui achète un produit. Heureusement certains libraires résistent, même s’ils sont soumis à cette pression-là.

La vie d’un livre, son exploitation commerciale, ce sont des choses qui me dépassent, qui ne m’appartiennent plus vraiment. Je fais confiance au Rouergue et aux libraires pour porter mes textes. Mes romans peuvent être lus par des adolescents et par des adultes, ce qui m’importe, c’est que des lecteurs s’en emparent, ouvrent des fenêtres…

Des livres et vous : "Quelles difficultés rencontrez-vous dans la rédaction d’un roman ? Combien de temps mettez-vous entre la naissance d’un roman et son point final ?"

Auteur : 

La principale difficulté d’un roman, c’est moi.
Personne ne me demande d’écrire. Personne ne m’attend.
Si j’écris, c’est parce que je le veux, parce que j’ai quelque chose à dire, parce que j’ai la prétention que ma parole peut intéresser un autre humain.
Cela me demande de livrer une bataille permanente avec le doute. Parfois je gagne, souvent je perds.
Et quand je gagne, il faut encore polir les phrases, encore et encore, faire briller la langue.
Ce qui fait que j’ai un rythme d’écriture très lent. Combien, combien de temps ? Cela dépend des romans mais c’est souvent plus d’un an.  Presque deux en tenant compte des allers-retours avec mon éditrice, trois ou quatre si on inclut la période de gestation…. Et encore, même après la parution, je continue à prendre des notes dans mes carnets…

Des livres et vous : "Où et quand écrivez-vous généralement ?"

Auteur : 

La plupart du temps, j’écris sur la table de mon salon, de préférence le matin.
Mais il m’arrive de prendre des notes dans mon bain, dans mon lit, en voiture, en train, sur les chemins, pendant un film, un spectacle. D’où l’importance du carnet et du stylo qui ne me quittent jamais.

Des livres et vous : "Comment vous sentez-vous lors de la publication d’un livre ?"

Auteur : 

Un mélange de sentiments contradictoires : heureux parce que je suis arrivé au bout d’un chemin que j’ai parcouru pendant des mois,  mélancolique parce que c’est la fin du chemin, esseulé parce que mes personnages vont vivre leur vie sans moi, anxieux parce que déjà un nouveau chemin s’ouvre devant et que je ne sais pas où il me mènera…

Des livres et vous : "Des infos sur votre prochain roman ?"

Auteur : 

Une graine, pour germer, doit rester invisible, bien au chaud sous la terre.
Un roman, c’est la même chose.
Donc laissons la graine germer en secret…

 

"Tribune libre :"

Pour finir, je voudrais saluer toutes celles et ceux qui font exister la littérature jeunesse via des sites ou des blogs. Les grands médias se désintéressent de ces écritures contemporaines pourtant souvent si créatives et si précieuses pour les enfants qui « entrent » en lecture. Il est enthousiasmant de voir que des passionnés se penchent avec attention sur ce berceau !

 

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